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Marrakech

Urbanisme, le chaos à Marrakech : La mairie crée ses propres documents

SM1En absence de PA officiel, un plan sectoriel pour le quartier Azli

- Les élus souhaitent une décentralisation de la gestion de l’urbanisme

Pour la mairesse Fatima Zahra Mansouri, la gestion de l’urbanisme demande une vraie décentralisation avec un transfert de compétences réel aux communes, afin qu’elles soient  le seul décisionnaire et  responsable en  la matière

  • L’Economiste: A quoi sont dus ces reports successifs de l’étude pour le Sdau et quelles sont les conséquences pour Marrakech?

Fatima Zahra Mansouri, mairesse de Marrakech : L’incohérence d’abord. Il est en effet impossible d’envisager un avenir urbanistique, économique, environnemental et social sans Sdau. Et tant que ce document n’existe pas, la ville n’aura pas son plan d’aménagement. Personne ne connaît les raisons de ces reports et il m’est difficile de faire des procès d’intention. Ce que je peux confirmer en revanche, c’est qu’il y a une vraie volonté politique locale et régionale pour doter la région d’un schéma directeur d’aménagement urbain. Le problème est souvent lié à la multitude d’intervenants et nous espérons qu’avec le projet de régionalisation avancée, pour lequel Maroc a opté, s’installe une vraie décentralisation avec un transfert de compétences réel aux communes, afin qu’elles soient le seul décisionnaire et responsable en matière d’urbanisme.

  • Oui, mais en attendant, Marrakech continuera-t-elle à opérer sans documents urbanistiques ?
Face à l’urgence et aux lenteurs rencontrées, indépendantes de la volonté de la commune, le conseil de ville a pris l’initiative en concertation avec l’agence urbaine de lancer des plans d’aménagement sectoriels. Le premier concernant Azli (ancien quartier industriel) est à l’étape de la publication officielle au BO. Cette approche, nous l’espérons, réglera les problèmes d’urbanisme, sans pour autant assurer une vision d’avenir, ce que nous déplorons fortement.
  • A Marrakech, la dérogation est devenue la règle! Cela ne risque-t-il pas de favoriser des traitements inéquitables?
Tout à fait. Ce qui était censé être l’exception est devenu la règle à Marrakech. Depuis une circulaire du ministère de l’Urbanisme, seuls les projets de logement social sont éligibles à cette dérogation. Ce qui n’est pas sans conséquences. Marrakech est en train de créer aujourd’hui des quartiers en dehors de toute logique de mixité sociale qui peuvent avoir pour impact des déséquilibres urbanistiques dont aura à souffrir la ville dans les années à venir. De notre côté, nous essayons de défendre au sein des commissions ad hoc 3 critères: l’opportunité économique pour la ville, la cohérence du projet avec son environnement et un traitement égalitaire de telle sorte à ce que tous les investisseurs bénéficient des mêmes droits. Mais je ne vous cache pas que l’exercice est extrêmement difficile. Le seul moyen de faire de la dérogation un outil efficace est de mettre en place des documents d’urbanisme clairs afin de décliner une vision globale.
  • On ne connaît plus les limites du périmètre urbain de la ville.
Justement, seule une étude dans le cadre de la mise en place d’un Sdau est en mesure de nous dire les projections en matière de périmètre urbain.
Le Sdau étant un document d’orientation, qui porte sur un territoire plus large que la commune, il doit proposer des solutions pour maîtriser l’avenir urbanistique de Marrakech qui ne peut envisager son avenir en dehors de celui des communes périphériques. En tant qu’élus, conscients de l’importance de cette réflexion pour l’avenir de la région, le président de la région et moi-même avons mis une plateforme de concertation afin d’accompagner au mieux et au plus vite l’adoption des documents d’urbanisme. Mais vu les retards…
  • Maîtriser l’avenir urbanistique passe aussi par une maîtrise des bidonvilles, qui prolifèrent aujourd’hui à la cité ocre…
Il est difficile de parler de bidonvilles à Marrakech, ce sont des douars à caractère rural en périphérie de la ville. Ces douars ont pour la plupart été rattrapés par une urbanisation rapide et non planifiée. Aujourd’hui, ils sont programmés dans le cadre d’un partenariat avec la commune (VSB: Villes sans bidonvilles) qui prévoit la restructuration, le recasement ou le relogement des douars recensés.
Le programme est confronté à une double difficulté: la mobilisation foncière par l’autorité compétente pour recaser les habitants et le respect des engagements financiers. A l’exception de la commune qui a honoré son engagement financier à 100%, un grand nombre de partenaires sont en retard sur leur engagement. Or, la réussite d’un tel programme exige de la part de tous une célérité dans l’action afin de figer cette situation et empêcher toute extension et prolifération nouvelles.
l’économiste:  Propos recueillis par Badra BERRISSOULE