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Marrakech

Marrakech: Un an après, la mairesse dit tout

Elle gère la commune comme une entreprise privée avec des techniques de management modernes. Fatima Ezzahra El Mansouri, mairesse de la ville de Marrakech, a voulu dès le départ changer la mentalité de fonctionnariat. A l’entrée de son bureau, un tableau de bord pour les délais d’autorisations. Un tableau qui rappelle à chaque fois aux collaborateurs leurs objectifs. Cette gestion a permis à la ville d’assainir rapidement la situation financière et de lancer les premiers travaux prioritaires. Entretien

-L’Economiste: Quel bilan chiffré faites-vous de votre première année de gestion des affaires de la ville?
- Fatima Ezzahra El Mansouri: D’abord, je tiens à préciser la notion du bilan. L’actuel bureau est en place depuis un an, mais sa première année budgétaire ne s’achèvera que d’ici un semestre. De fait, nous parlons plutôt d’exécution d’un semestre -de janvier à août 2010- pour un exercice qui démarre avec un budget plus qu’épuisé (un déficit de 95 millions de DH pour l’année 2010 et 68 millions de DH en 2009 et un endettement auprès du FEC de 1,4 milliard de DH). La situation financière de la commune urbaine a été assainie en seulement une année. Ce qui nous a permis de lever quelques fonds nécessaires pour l’exécution de notre plan stratégique.

- Oui, mais la ville a des besoins qui ne peuvent attendre le redressement financier?
- Ce n’est pas parce que nous n’avons pas d’argent que nous ne travaillons pas. Au contraire. Nous sommes rentrés dans une logique de partenariat afin de déclencher des actions prioritaires malheureusement retardées par les arcanes procéduriers. En dépit de ces contraintes, le conseil de la ville a pu parallèlement optimiser ses recettes. Une augmentation de 15% est à relever, sachant que la moyenne de l’évolution normale est de 5% dans le meilleur des cas.

- Comment expliquez-vous cette augmentation?

- En mettant en place des procédures maîtrisées et des équipes de contrôle plus responsables nous avons pu augmenter les recettes du marché de gros à plus de 74%, toujours en comparant le 1er semestre 2010 à l’an précédent. Celles de l’état civil ont connu une hausse de 122%. La taxe de séjour n’était pas en reste avec +22%. De même pour la taxe des terrains non bâtis qui a connu une hausse de 48%. Le recouvrement a été aussi renforcé au niveau des opérations sur les lotissements. Lequel a augmenté de 260% et ce, malgré la morosité du secteur de façon générale.

- Le renforcement du recouvrement a-t-il été accompagné d'une rationalisation budgétaire?

- Une gestion transparente des marchés publics de la mairie a permis de baisser de 15% les dépenses de la ville. De plus, un travail d’assainissement a permis de dégager 45 millions de DH au niveau de ces dépenses.

- A vous entendre, on croirait presque au miracle…

- Il n’y a aucun miracle là dedans. Les montants des marchés ont baissé de 15% suite à l’ouverture de ces derniers à plusieurs participants. Alors que la moyenne était de moins de deux participants par marché, elle est devenue de cinq. C’est une gestion minutieuse qui a nécessité une séparation des tâches stratégiques opérationnelles et financières. Les efforts ont été récompensés par des résultats extraordinaires et des baisses sur les prix unitaires de certaines prestations. Je vous cite quelques exemples: un intrant électrique est acheté désormais à 9 DH au lieu de 70 et un autre acheté à 35 DH au lieu de 120, tout en maintenant la même qualité de matériaux dont la mairie a besoin pour l’entretien de l’éclairage

- Comment avez-vous affecté les recettes dégagées?

- Tout d’abord à l’entretien de la voirie qui a pu être augmenté de 66%. Nous avons aussi pu réaliser la réfection de 17.000 points lumineux, l’entretien des espaces verts, 260 ha, l’évacuation de 99.235 m3 de gravats ainsi que le nivellement de 766.050 m2 de terrains vagues. Du reste, la restructuration de l'administration reflète aujourd’hui l’ensemble des prérogatives de la mairie et nous refusons de réduire le rôle de la mairie aux seuls travaux communaux. La mairie, comme toute collectivité locale, doit d’abord et en premier lieu être un levier de mobilisation pour un développement humain conformément à la vision de SM le Roi. Dans cet esprit, 12 millions de DH ont été destinés au programme habitat menaçant ruine, qui cible une population en grande précarité, sachant que la commune n’a jamais honoré ses engagements financiers vis-à-vis de ces projets et ce, depuis 2006. Mais également un certain nombre de projets tels que le conservatoire municipal, la réhabilitation de la bibliothèque municipale, le lancement de terrains de sport de proximité, etc.

- Tout est concédé à Marrakech. Quid de l’éclairage public et la décharge publique?

-La décharge de Marrakech, sise sur la route de Tamansourt, va être transférée ailleurs. Il faudra deux ans pour réhabiliter ce site. Et ici, nous allons jouer la carte du partenariat avec le ministère de l’Environnement. Le schéma retenu est de remplacer ce site par une décharge régionale avec des points de transferts provinciaux. Un appel d’offres a été lancé pour ce volet. Pour l’éclairage public, ne disposant d’aucune étude pointue, nous préférons garder en gestion ce service en attendant plus de visibilité. Je ne suis pas contre la gestion déléguée. Le tout est de bien ficeler la relation contractuelle de façon transparente et d'assurer un suivi et un contrôle rigoureux.

- L’urbanisme et la circulation demeurent des points noirs à Marrakech? Quelle voie d’issue?

- Un plan d’aménagement est en cours d'étude. Nous déplorons qu’il ait pris du retard sachant l’importance de ces documents d'urbanisme en matière de bonne gouvernance urbanistique. Quant au Plan de développement urbain, réalisé lors du conseil précédent, c’est un chantier colossal qui nécessite une mobilisation de fonds importants (4 milliards de DH d’ici 2030). Nous allons prioriser nos actions de sorte à libérer les points noirs de circulation définis par le bureau d'études. Avant la fin de l’année, le conseil de la ville a pu mobiliser une enveloppe de 40 millions de DH avec ses partenaires pour éliminer certains de ces points noirs.

- Comment sont vos rapports avec le wali de la ville et existe-t-il une synergie entre vous?

- Nous travaillons en parfaite intelligence. Chacun cherchant à instaurer une relation très respectueuse des prérogatives qui lui sont conférées par la loi. Il existe une concertation dans l’intérêt de la ville et de sa population. Ce qui nous a permis d’offrir et de renforcer cette synergie indispensable au développement de la ville.


Douars: «La misère maintenue à des fins politiques»

Selon Fatima Ezzahra El Mansouri, plus de 3.000 maisons ont été identifiées avec quelque 1.100 interventions en habitat menaçant ruine en 2010 contre seulement 600 sur les trois dernières années. «En bidonvilles, près de 12.000 foyers sont concernés et, en 2010, nous avons pu réhabiliter près de 2.400 ménages. C’est inimaginable que dans une ville reconnue par sa qualité de vie et sa vocation touristique, on retrouve des douars entiers maintenus dans la misère totale à des fins uniquement politiques», s’insurge-t-elle.Convaincue que les familles marrakchies, dans la limite du possible, ne doivent pas quitter la ville, la mairesse dit privilégier la restructuration et le recasement pas très loin de leur lieu de vie actuel. «Je ne vous cache pas que nous souffrons de l’absence de foncier dans certaines parties de la ville telles que l’arrondissement Ennakhil, mais nous sommes optimistes car il y a une véritable mobilisation des différentes autorités administratives et élues», conclut-elle.Propos recueillis par Badra BERRISSOULE

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